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Voyages au cœur des peuples

Ruines de Quilmes Argentine - Tucuman - Transhumans tourisme responsableSituées dans la province de Tucuman, A 50km de Tafi del Valle et 60km de Cafayate, les “ Ruines de Quilmes “ comme on les mentionne dans les guides touristiques témoignent de l’existence et de la culture d’un peuple andin pre-incaique peu connu du grand public : le peuple Diaguita-Calchaqui.

Pour faire parler ces vieilles pierres, je decide de partir à leur rencontre accompagnée de Sebastian, un guide local de la communauté indigène d’Amaicha del Valle, située à quelques kilometres de là.

 

Les " Cité Sacrée de Quilmes " : resistance des Diaguita Calchaquies aux Espagnols 

A l’approche du site, dans un paysage aride fait de caroubiers de cactus et de bouquets d’épines, Sebastian commence à raconter l’histoire de ses ancêtre d’une voix grave et pausée, capturant l’attention de son public :

« A l’école, en Argentine, quand on nous apprend l’histoire des peuples originaires d’Amérique Latine, on étudie un peu les Mayas, les Incas et la civilisation Aztèque. Mais vous devez savoir qu’il existait des peuples très bien organisés avant l’arrivée des Incas en Argentine »

La culture Diaguita-Calchaquie, dont font partis les Amaicha et les Quilmes, était l’une des plus importantes du Nord Argentin. A la fin du XVè siècle, elle rassemblait près de 60000 individus et son territoire s’étendait sur près de 25000 km2 entre les provinces de Tucuman, Catamarca et Salta. Les Diaguita faisaient notamment pousser du mais, de la Quinoa, et des cucurbitacés en utilisant un système d’irrigation adapté et des cultures en terrasse. Leur développement artistique était impressionnant, ils étaient de fins céramistes, de bons tisserands, et travaillaient en outre le cuir, l’or, l’argent et le bronze. Contrairement aux Incas, leur civilisation n’était pas expansionniste.

La présence Inca dans la zone a été de très courte durée. On estime qu’ils arrivèrent dans les Vallées Calchaquies aux alentours de 1480 et ont dominés la zone pendant une cinquantaine d’années avant d’être défaits par les Conquistadores espagnols.

Les Conquistadors, qui arrivent dans la région aux alentours de 1534, ont un mode de conquête beaucoup plus brutale et cherchent à acculturer ces peuples. Ils sont soumis à de très lourdes taxes et leur spiritualité et leur langue – le Kakan sont interdites, au profit du catholicisme et de l’Espagnol.

« C’est alors que deux chefs Indiens, dont l’importance a été grandement minimisée par l’Histoire Officielle -Calchaqui et Chelemin- ont réussi à fédérer les peuples de la zone des Vallées et ont pris la tête de la rébellion contre les Espagnol, laquelle dura plus de 130 ans – de 1534 à 1667 »- explique Sebastian, les yeux brillants de fierté.

Les derniers à résister furent les Quilmes, jusqu’au siège de leur Cité par les Espagnols en 1667.

Visiter la Cité Sacrée de Quilmès avec un guide natif pour découvrir l'Autre Histoire du Nord Argentin

Le regard perdu dans la contemplation du Pukara, Sebastien prévient :

« Se rendre à la Cité Sacrée n’est pas une simple excursion de pierre et de cactus. Ce lieu a une histoire très lourde. Imaginez que là où nous allons marcher, des générations complètes sont nées et mortes en état de guerre ».

A l’entrée du site, on observe des murs de pierres sèches délimitant des espaces de formes rondes et rectangulaires. Les constructions circulaires étaient dédiées à production, et les constructions rectangulaires étaient les maisons.

Les murs que l’on peut voir proches de l’entrée du site ont été reconstuits en 1977, en pleine dictature militaire.

“Le travail de reconstruction a été réalisé sans rigueur scientifique, le travail a été expédié, l’idée étant simplement que les touristes prennent de jolis photos” critique Sebastian.

Fait intéressant, de nombreux travailleurs impliqués dans la restauration du site étaient des descendant du peuple qui y avait vécu. Mais au lieu d’être stimulant, le travail fut peu payé générant une autre forme d’exploitation et de negation de la culture originaire.

La partie reconstruite est en general le lieu que les touristes visitent. Il ne représente en réalité que 15% de l’intégralité du site.

Pour nous rendre compte de l’ampleur de la Cité, nous commençons l’ascension du Pukara, la forteresse indienne. La Cité Sacrée est divisée en deux : la Cité de la Paix et la Cité de la Guerre. La Cité de la Paix s’étend en direction du Sud. C’est une zone plate permettant les cultures, et c’est aussi le lieux où les gens vivaient en temps de paix. La Cité de la Guerre est beaucoup plus petite. Les murs des maisons aglutinées servaient de chemins pour permettre aux habitants de circuler rapidement et trouver refuge en haut de la forteresse. ;

“ Monter au Pukara aujourd’hui est une belle ballade qui permet d’avoir une vue panoramique des Vallées. A cette époque, lorsque les habitant grimpaient ici, c’est que rien n’allait plus en bas”.

Après plus d’un siècle de guerrre et la mort de douzaines de milliers de personnes, le royaliste Villacorta decide de mettre fin à la rebellion en encerclant la forteresse des derniers Diaguitas en leur coupant l’ accès aux vivres et aux plantes médicinales. Après trois mois de resistance, les femmes et les enfants descendent en une ultime tentative de trouver de quoi manger. S’ensuit une “boucherie humaine”, selon les mots du religieux Bartholomé de las Casas, qui oblige le peuple à se rendre.

Du haut du Pukara, on peut distinguer les murs originaux. Une fois l’oeil acoutumé, on voit des pirca partout.

“ Regardez par terre, vous marchez au dessus d’une cite assiégée, vous allez voir des restes arquéologiques facilement, ajoute Sebastien tout en deterrant un morceau de céramique. N’emmenez rien avec vous, vous pourriez deranger quelques âmes, nous previent-il, anecdote mystique à l’appui.

Il nous invite ensuite à fermer les yeux et rester silencieux pour nous connecter au lieu.

“ Vous allez peut-être sentir des vibrations. Vous allez vous rendre compte que l’espace n’est pas vraiment vide. Vous allez entendre qu’il y a beaucoup de sons, beaucoup de vie. Les anciens de la communauté disent que l’esprit de nos ancêtres s’est transformé en son.

 La Cité Sacrée, une fois sacagée, n’a jamais été habitée de nouveau.

Après leur rédition, les 2000 survivants ont dû entamer une marche forcée jusqu’à l’actuelle ville de Quilmès, dans la Province de Buenos Aires à quelques 1500 km de là. Seuls 400 survécurent au voyage. Dans le recensement de 1810, leurs descendants ne sont plus mentionnés dans les registres civils. Pour ne pas donner naissance à des enfants destinés à vivre en situation de semi-esclavage, loin de leurs racines, les femmes Quilmes ont fait un pacte de non-procréation. Dans l’Histoire Officielle Argentine, c’est dans la province de Buenos Aires que meure ce peuple.

Identité indigène dans l'Argentine moderne 

En 2001 cependant, 30 000 personnes revendiquent des origines Diaguita en Argentine.

Les Nouvelles Etudes Arquéologique et l’Histoire Critique montrent que tous les Diaguita n’ont pas été déplacés juqu’à Buenos Aires. Avant la rédition, d’autres peuples des Vallées avaient été exilé à Salta, la Rioja, Catamarca, Cordoba ou Santa Fe pour travailler dans les vignes, les mines ou encore les plantations de cotons. Il existe même une petite ville du nom de Calchaqui dans la Province de Santa Fe. On dit que durant le siège, le dernier Cacique Ikin, aurait même réussi à faire s‘échapper des femmes et des enfants par la montagne. Cette théorie est appuyée par les écrits d’un curé qui , traversant la zone aux alentours de 1710, dit avoir recontré des descendants de ce peuple dans les Vallées.

guide diaguita ruines de quilmes Argentine - Transhumans tourisme responsable Ce témoignage a généré “ un heureux malentendu”. En 1716, 100 ans avant l’Indépendance de l’Argentine, alors même que les Diaguitas n’étaient plus du tout organisés au niveau militaire, la Couronne d’Espagne decide de leur rendre une partie de leur territoire, par crainte d’une nouvelle rebellion. La Cedula Real leur octroye 120000 hs, sous condition qu’ils laissent les mules et les moutons du gouverneurs paître tanquillement . Ils devaient aussi se convertir au catholicisme, ce qu’ils acceptèrent sans vraiment abandonner leur spiritualité.

Ce fait inédit, d’une importance majeure en Amérique Latine, est ignoré et minimisé par de nombreux d’historiens et oublié dans l’histoire oficielle.

Tout en contemplant le formidable paysage depuis le haut du Pukara, l’imagination naviguant entre present et passé, il m’est impossible de ne pas remarquer un hôtel en ruine, à l’intérieur même des murs d’enceinte de la Cité Sacrée. “ C’est déplorable, et d’autant dans le contexte de secheresse dramatique qui nous affecte”, dit Sebastien en pointant du doigt l’énorme piscine du complexe.

Dans les années 1990, au moment de la vague de privatisation sous l’ère Menem, faisant fi de la Cedula Real et de la tradition des Diaguitas, le site arquéologique a été vendu à un artiste local qui a construit un resort sur cette Terre Sacrée. Après 15 ans d’exploitation touriste et un fort sentiment d’humiliation, la communauté des Quilmes a repris le site par la force. Aujourd’hui, elle gère le site et les droits d’entrée vont à des micro-credits et des projets éducatifs au benefice de la communauté.

Ce n’est pas un fait isolé, la fierté identitaire de ces peuples a souvent été mise à mal par un context national méprisant et suspicieux.

Il y a 20 ans, nos cérémonies à la Pachamama étaient considérées comme des trucs d’Indiens, et ce n’était vraiement vu comme quelque chose de positif à l’époque. Je me souviens lorsque ma grand-mère ouvrait la bouche de la Pacha dans la montagne. Losqu’elle la soignait, la lavait, la parfumait avec de l’encens pour la preparer aux offrandes, elle nous disait à moi et à mes cousins de nous dépêcher pour que personne n’ait le temps de nous voir. Les jeunes de ma generation n’avaient qu’une envie : quitter la commuanuté et avoir une vie “ normale” à la ville. Certaines communautés des Valle ont même fini par vendre leurs terres, apaté par l’espoir de gains rapides. Leur communauté s’est disloqué, les prix ont tellement flambés qu’ils n’ont plus pu vivre sur leur propres terres.

Pour nous, la propriété comunautaire de la terre est essentielle pour maintenir notre essence culturelle et developer un style de vie en harmonie avec la Pachamama. Plus que la mère Nature, la Pacha est l’univers tout entier. Elle nous donne tout et nous sommes contenu en elle. Elle requiert reciprocité et respect. On ne peut utiliser ses ressources que de manière raisonnée. La propriété communautaire de la terre permet son respect”.

Aujourd’hui, les leaders indigènes sont mieux formés, et l’identité indigene est redevenu une fierté. A Amaicha, la communauté est mieux organisée que jamais pour defendre et protéger ses valeurs et ses droits.

Tourisme, université et valorisation des cultures et des identités indigènes 

La transmission orale de notre histoire et de nos droits est très importante au sein de la communauté, avec les voyageurs et avec les universités. Les Nouvelles Etudes Arquéologiques et les journalistes indépendants sont de véritables alliés en ce sens. Ce que nous réclamons aujourd’hui c’est la revision de l’Histoire officielle de notre peuple, et plus généralement des peoples originaires”

 Sébastien a un rêve, il veut traverser l’Argentine par la Route 40 et enseigner son histoire dans les écoles. En attendant, il conduit les touristes plusieurs fois par semaine à la Cité Sacré, et les convertis en ambassadeurs internationaux de l’histoire de son peuple.