Assign modules on offcanvas module position to make them visible in the sidebar.

Voyages au cœur des peuples

Mission jésuite guarani - Santisima Trinidad - Paraguay - Transhumans Voyages Responsables - tourisme culturelLa forêt subtropicale de Misiones et ses immenses figuiers ont recouvert au fil des siècles les restes d’une expérience socio-culturelle unique sous l’ère coloniale espagnole : les Missions Jésuites.

Oubliés pendant près de trois siècles, les murs de briques rouges caractéristiques des missions furent en grande partie détruits par la luxuriante forêt, les luttes de pouvoir qui secouèrent cette région de triple frontière, et par les locaux eux-même, qui en utilisèrent le matériau pour construire leur maison.

Le catholicisme comme fer de lance de la colonisation espagnole 

Le processus de restauration et de conservation patrimoniale n’ayant commencé que dans les années 80, il faut faire preuve d’un peu d’imagination pour recomposer les missions à partir des ruines qui ont subsistées au passage du temps.

Mais alors on est saisi par ce que l’on devine avoir été de majestueuses constructions, aux gravures raffinées empruntant à la statuaire chrétienne, inspirées par la nature environnante et réalisées par le peuple pré-colombien qui habita ces missions, les Guaranis.

Les Guaranies sont un peuple semi-nomade d’Amazonie parti de sa terre d’origine il y a plus de 2000 ans animé par la recherche de “ La Terre Sans Mal”, un paradis terrestre que, selon la tradition, l’on ne peut atteindre qu’après de longues journées de marche.

L’arrivée des colons portugais et espagnols dans la région au début du XVIè siècle va transformer drastiquement le destin de ce peuple.

Contrairement à d’autres empires coloniaux, la Couronne Espagnole base son droit à conquérir de nouveaux territoires sur la question religieuse. En XVI, l’Eglise catholique, durement critiquée par Martin Luther, est dans la tourmente et cherche à renforcer son aire d’influence hors d’Europe. L’évangélisation des peuples premiers des “Indes Occidentales “ devient alors un objectif tout à fait central de la colonisation de l’Amérique du Sud.

 

Rencontre Jésuites et Guaranis au coeur de la forêt subtropicale

Sculpture visage missions jésuite guarani - Santisima Trinidad del Parana - Paraguay - Transhumans, voyage responsable - tourisme culturel Avec la conquête des nouveaux territoires vient la domination des peuples qui les composent; Considérés comme des êtres inférieurs incapables d’administrer convenablement leur travail, les Guaranies sont séparés en différents groupes -les “ encomiendas- et placés sous la tutelle d’un “encomendero” pour lequel ils travaillent et auquel ils payent l’impôt dû à la Couronne. Les encomenderos devaient en théorie veiller à leur sécurité et à leur éducation religieuse, mais, plus intéressés par le gain que par “l’élévation” morale des Guaranies, le régime des encomiendas se transforme rapidement en régime semi-esclavagiste. Les leaders spirituels des Guaranies, dont l’influence auprès de leur peuple était restée intacte, appellent à la rebellion. Les soulèvements sont durement réprimés mais les Espagnols ne parviennent pas à soumettre ce peuple qui se réfugie dans les profondeurs de la forêt..

Le modèle des réductions indigènes

Devant l’échec de l’assimilation des Guaranis au système colonial, un autre modèle se développe : celui des réductions indigènes. Testé au Pérou entre 1570 et 1580, le système s’était montré efficace pour sédentariser la population indigène et mieux la contrôler. En 1575, deux franciscains essayent d’implémenter ce modèle dans la zone de Corrientes mais la résistance guaranie reste forte. C’est alors que le Pape Paul III décide d’envoyer 6 missionnaires de la Compagnie de Jesus, l’ordre le plus moderne de l’Eglise Catholique, fer de lance de la résistance au Protestantisme.

Les missions jésuites : un modèle d'assimilation culturelle relativement "douce"

L’ordre fondé par Ignacio de Loyola est alors respecté en Europe pour sa capacité d’adaptation aux différentes cultures et pour la formation intellectuelle extrêmement complète de ses membres.

Les premiers jésuites qui partent en Amériques sont triés sur le volet. Ils fondent les provinces jésuites du Brésil et du Pérou, et en 1609, la Province Jésuite du Paraguay, qui comprend entre autres les régions de Misiones et Corrientes.

Afin de regagner la confiance des Guaranis, les jésuites circulent dans la forêt non armés. Ayant fait voeux de chasteté, ils n’ont pas non plus de comportement prédateur vis à vis des femmes indigènes, à la différence des autres colons.

Les guaranis, pourchassés d’un côté par les bandeirantes, des vendeurs d’esclaves venu de San Pablo, et fuyant le régime des Encomenderos de l’autre, commencent à s’intéresser au projet jésuite. Entre 1609 et 1767, plus de 30 missions sont fondées dans cette zone, regroupant à leur apogée quelques 86 000 Guaranies, et ce sans l’usage de la force.

L’une des raisons principales du succès de ce modèle vient du fait que l’assimilation pratiquée par les jésuites n’a pas complètement modifié les pratiques guaranis.

Les missions jésuites sont séparées spatialement des villages espagnols et la figure occidentale est limitée à 2 jésuites par mission.

Au sein de la mission, les jésuites s’occupent de l’enseignement religieux, artistique et technique, et veillent à la juste administration des biens de guaranis, sans toutefois détenir le pouvoir politique. L’autorité des chefs politiques de chaque aldea guaranis est respectée. Les zones d’habitation sont divisées par tribus, chacune placée sous l’autorité de son Cacique. Il existe par ailleurs un système juridique veillant à la protection des droits de chacun.

De même, les bases de la propriété collective de la terre et la solidarité tribale sont préservées et renforcées. Ainsi, le système économique des missions est un système mixte de propriété privée et de propriété collective. Chaque famille reçoit une terre à cultiver et des armes pour chasser et pêcher. 2 jours par semaine, les guaranis doivent travailler la terre collective pour pouvoir payer leur tribut à la Couronne Espagnole, venir en aide aux veuves et aux orphelins et participer au financement de la structure social et de défense de la mission.

Art Missions Jésuite Guarani - Sculture en bois - Jesus de Tavarangué - Paraguay - Transhumans voyage responsable - tourisme culturelEnfin, les jésuites n’ont pas cherché à imposer leur doctrine par la force, mais par les arts et le dialogue culturel. Il existe des points communs importants dans les deux systèmes de croyances ce qui a facilité l’évangélisation. Les Guaranies sont animistes et croient en plusieurs divinités mais ils ont un Dieu plus puissant que les autres, Ñamandù, Dieu Créateur de la Terre et des Belles Paroles. Ils considèrent comme les chrétiens, que l’univers se divise entre les forces du Bien et du Mal, et l’objectif pour eux est d’atteindre un Paradis où règne l’abondance, un Eden terrestre. Ce sont aussi de grands artistes qui utilisent le chant et les arts dans leurs rituels spirituels pour se purifier.

Au lieu d’imposer unilatéralement l’Espagnol, les jésuites se sont efforcés à apprendre le guarani et ont traduits et imprimés les textes sacrés en Guaranis.

C’est ainsi qu’un syncrétisme culturel très particulier s’est développé dans la zone, mêlant deux cultures très différentes.

 

 

Expulsion des jésuites du royaume d'Espagne et fin du système des missions

Cependant, le travail de la Compagnie de Jesus souleva de nombreuses oppositions partout dans le monde. En plus des pressions exercées par les sphères de pouvoir et les sphères intellectuelles européennes où dominent les idées des Lumières, les monarques subissent de nombreuses pressions de la part de la bourgeoisie des colonies. Les encomenderos et les jésuites se sont affrontés à de nombreuses reprises, les uns accusant les autres de leur voler leur main d’oeuvre, et les autres de la maltraitance des Guaranies. La richesse accumulée dans les missions et leur organisation militaire nourrit de nombreux fantasmes. On fit courir le bruit que les missionnaires cherchaient à s’indépendentiser du système colonial, ce qui aboutit à l’expulsion des Jésuites du Royaume d’Espagne, après l’avoir été du Royaume du Portugal et du Royaume de France quelques années auparavant.

Après l’abandon effectif des missions par les jésuites en 1768, le système ayant perdu son substrat ne parvient pas à se maintenir. Les Guaranies reprirent la route, à la Recherche de la Tierra Sin Mal, laissant derrière eux les ruines d’une utopie assimilationniste aux accents chrétiens.

Enregistrer